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PHI CHU Marais :
Aller vers les grands marginaux

Le Marais fut l’un des premiers CHRS de la capitale. À l’occasion de l’appel à manifestation d’intérêt sur l’accompagnement de personnes en situation de grande marginalité dans le cadre d’un lieu de vie innovant à dimension collective, le projet a été repensé pour accueillir, depuis le 8 janvier 2021, un public de grands marginaux traversés par de longs parcours d’errance et souvent confrontés à des problématiques de santé ou de consommation de produits psychoactifs. Devenue la PHI CHU Marais, le centre dispose de 46 places en collectif, 24 en appartement de colocation dans une perspective de logement d’abord, et 30 mesures d’accompagnement sur d’autres centres d’hébergement parisiens. Au cœur de son action, une philosophie d’accompagnement basée sur la co-construction avec la personne hébergée et un accueil inconditionnel. Rencontre avec Manuel Zeni et Ali Aguado, respectivement Chef de service et Directeur de la PHI CHU Marais.

« Notre équipe pluridisciplinaire est composée de 16 professionnels des secteurs du social, du médical et du paramédical, acculturés à la très grande précarité et travaillant en transversalité. Nous fonctionnons comme une plateforme d’échanges et de savoirs expérientiels sur la grande exclusion », explique Ali Aguado « Nous portons à la fois un projet d’accompagnement social et d’accompagnement en santé, avec des enjeux liés à la psychiatrie et l’addiction, qui sont propres à la grande précarité. »

Aller vers la personne

Au centre du projet, l’ambition d’adopter une dynamique "d’aller vers" l’usager, peu importe son temps d’errance et son parcours. Manuel Zeni détaille : « Dans les centres collectifs classiques, les personnes en très grande marginalité et au temps d’errance long ont souvent du mal à se stabiliser et ne restent pas, car l’accompagnement n’est pas adapté à leur parcours de vie. »

Effectivement, des notions comme les horaires de repas collectifs ou le respect strict du règlement sont alors difficiles à appliquer. Les équipes en place n’ont pas forcément l’espace, le temps et l’expérience, pour accompagner ces profils de manière adaptée, et leur laisser plusieurs chances.

« Sur la base des propositions d’orientations du SIAO Paris », avance Ali Aguado,« nous veillons, par la mise en contact direct avec les personnes concernées, à leur pleine implication dans le processus d’accès à un hébergement. »

Tout le temps nécessaire est pris pour faciliter l’intégration des hébergés : visite du centre, rencontre de l’équipe sur place, expression des besoins et des attentes. Et Manuel Zeni de préciser : « Nous leur faisons comprendre qu’ils vont être acceptés tels qu’ils sont, avec leur consommation, leurs maladies, leur colère, et leur vulnérabilité. »

Adopter une approche de rétablissement

La personne est mise elle-même au centre de sa reconstruction.« Nous prônons une approche de rétablissement, c’est-à-dire de responsabilisation des personnes accompagnées. Leur parcours de vie leur appartient, nous sommes là pour partager des ressources », affirme Ali Aguado. La RDRD (réduction des risques et des dommages) est ici envisagée non seulement comme une approche technique avec l’apport de matériels de soins, mais également comme une réelle posture d’accompagnement. Une confiance mutuelle est mise en place tout au long de séjour de l’hébergé.

« Encore une fois, cette confiance mutuelle est rendue possible car nous faisons de l’"aller vers" », affirme Manuel Zeni. Les infirmiers, les travailleurs sociaux et les psychologues de l’équipe nouent ainsi le dialogue avec la personne et analysent son évolution.

Le plan d’accompagnement proposé n’est donc pas choisi pour la personne, il est co-construit avec elle. En laissant à l’hébergé la possibilité d’exprimer ses capacités et ses limites, lui est offert l’opportunité d’être acteur de son propre parcours.« Avec cette philosophie d’actions, nous souhaitons participer à redonner une forme d’égalité de traitement à des populations qui sont fortement marginalisées, voire discriminées. Nous réhumanisons le lien social en adoptant une approche non jugeante de leur parcours de vie, et en ne réduisant pas leur situation à leurs problématiques psychiatriques et à la consommation de produits », conclue Ali Aguado.

SUIVI D'ACTIVITÉ
MARS 2021

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